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Marie-Louise PARIS

  • Fondatrice de l’Institut électromécanique féminin (IEF), devenu École polytechnique féminine (EPF)
  • 20 octobre 1889 - 28 avril 1969
  • #CHIMIE ET MÉCANIQUE

Qui est Marie-Louise Paris ?

Marie-Louise Paris naît à Sceaux en 1889. Elle est l’ainée d’une famille de six enfants. La mort prématurée de leur père, officier, malgré les difficultés financières qu’elle entraîne, n’empêche pas les enfants de faire des études.

Après une première expérience professionnelle, Marie-Louise Paris fonde l’Institut électromécanique féminin pour permettre aux femmes d’accéder aux carrières scientifiques et techniques, dans un monde largement masculin. Ingénieure diplômée, figure engagée du progrès social et de l’éducation scientifique, elle imagine une école d’excellence au service de l’émancipation, de la rigueur et de l’égalité. En 1933, l’Institut devient l’École polytechnique féminine (EPF), première école d’ingénieures pour les femmes en France.

Sa formation et ses premières expériences en tant qu’ingénieure en électrotechnique

Après un baccalauréat scientifique, Marie-Louise Paris obtient une licence en sciences à la Sorbonne. En 1921, Marie-Louise et sa sœur Hélène sont diplômées de l’École de mécanique et d’électricité de Paris, puis, en 1922, de la section spéciale de l’Institut électrotechnique de Grenoble.

De retour en région parisienne, Marie-Louise Paris exerce son métier dans divers bureaux d’études, contribuant entre autres à l’installation du service de signalisation de la gare de Laon, et elle fréquente le milieu des ingénieurs et de l’enseignement supérieur.

L’École polytechnique féminine

Marquée par l’absence de femmes lors de ses études supérieures à Grenoble, elle obtient en 1925, seule et sans moyens financiers, l’autorisation d’occuper les amphithéâtres du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) pour fonder l’Institut électromécanique féminin. L’ouverture de l’établissement, couverte par la presse, a lieu le 4 novembre 1925, et Marie-Louise Paris assure elle-même la formation avec le soutien de deux professeurs. Son initiative lui vaut une invitation au 7e congrès de chimie industrielle pour discuter de l’accès des femmes aux carrières d’ingénieur(e)s.

En 1933, l’institut est rebaptisé École polytechnique féminine (EPF), avec des enseignements consolidés et diversifiés (ajout d’une section aéronautique), et une scolarité prolongée de deux ans à trois ans. En 1934 est mise en place une commission des titres d’ingénieur(e)s, mais il faudra attendre 1938, avec onze diplômées, pour que l’école de Marie-Louise Paris soit habilitée… décision peut être influencée par la possibilité d’une nouvelle guerre avec l’Allemagne. Parallèlement à l’école d’ingénieures, l’École polytechnique féminine ouvre à la rentrée 1939 une section de techniciennes de l’air dont le nombre atteint la centaine, expérience qui restera cependant sans suite.

Marie-Louise Paris milite pour la cause des femmes, demandant le droit de vote et intervenant dans des meetings pour promouvoir le métier d’ingénieure. De plus, passionnée par l’aviation, elle prend des cours de pilotage chez Caudron à Guyancourt et réalise un prototype d’avion de tourisme, exposé au salon de l’aviation en 1936. Elle nomme Hélène Boucher (à titre posthume) et Maryse Bastié marraines de promotions 1938 et 1945 de l’École polytechnique féminine.

En 1956, l’école est expulsée du CNAM et, après dix ans d’errance, Marie-Louise Paris achète une villa à Sceaux pour l’y installer, donnant ainsi des locaux privés à son Ecole polytechnique féminine.

Après le décès de sa fondatrice, l’école devient membre de la Conférence des grandes écoles en 1976. En 1993, elle intègre l’UGEI (Union des Grandes Écoles Indépendantes) après avoir obtenu le statut de fondation reconnue d’utilité publique en 1991. Depuis 1994, l’école n’est plus réservée aux seules femmes, les hommes y étant désormais admis. Elle abandonne alors son nom pour devenir « EPF – École d’ingénieurs ». Cependant, grâce à son historique et à son expérience, l’école reste l’une de celles où le taux de filles demeure le plus élevé.

Pourquoi est-elle une Femme pionnière de la tech ?

Animée par la conviction que les femmes ont toute leur place dans les métiers techniques, Marie-Louise Paris a consacré sa vie à l’égalité des chances dans l’enseignement scientifique, créant la première école d’ingénieures pour femmes en France, école qu’elle dirigea pendant 37 ans.

Aujourd’hui, pour le bénéfice de toute la société, des jeunes femmes s’insèrent graduellement dans l’ensemble des structures d’encadrement au sein des entreprises industrielles de toutes branches. Nous le devons à des pionnières comme Marie-Louise Paris, qui ont interpellé le milieu de l’ingénierie français, ainsi qu’aux premières ingénieures de l’entre-deux-guerres qui ont forcé les portes de ces entreprises.

Quelle reconnaissance d’hier et d’aujourd’hui ?

Vice-présidente de la Fédération nationale des ingénieurs français.

Un pôle de recherche de l’École polytechnique féminine porte le nom de Marie-Louise Paris, et un buste à son effigie est présent sur le campus.

Depuis septembre 2019, la station de tramway de l’agglomération grenobloise précédemment dénommée « CEA Cambridge » s’appelle « Marie-Louise Paris – CEA ».

Citations illustrant le parcours de Marie-Louise Paris

De Marie-Louise Paris : « Je me sentais taillée pour la lutte la plus âpre, toute de beauté, d’enthousiasme et d’action. Bien vite, je me rends compte des débouchés ouverts aux femmes, et de la contribution qu’elles sont susceptibles d’apporter à l’Industrie. Dans cette perspective, je songe à les orienter, et pour cela, créer une école préparatoire à la carrière d’Ingénieur. Projet audacieux, si l’on songe aux préjugés de l’époque, ce qui faisait dire à l’illustre savant Einstein : quelle triste époque où il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome. »

Message de Marie-Louise Paris, extrait de la lettre demandant l’hospitalité au CNAM (26 mai 1925) :

« Je ne demande qu’une chose : commencer à exister. Ce projet répond à une nécessité, nécessité pour la femme de parer aux aléas de la vie, et à une vocation, vocation de l’enseignement qui a toujours eu pour moi les plus vifs attraits. Ce projet a également des racines profondes dans un passé de lutte, de travail et de recherches ».

Un camarade de promotion : « Je connaissais les qualités de cette femme étonnante : volonté inébranlable, esprit de méthode, amour de la lutte … ».

 

Une femme inspirante pour…

« Marie‑Louise Paris n’a pas attendu qu’on autorise les femmes à devenir ingénieures, en leur permettant de faire ce choix grâce à l’Institut électromécanique féminin qu’elle a créé. »

 

Laura Hassan, directrice générale d’Epitech et membre du réseau des Femmes de Tech de l’Académie des technologies

Illustration réalisée à l’aide d’une IA, à partir d’une photo de Marie-Louise Paris